Histoire de la Corse

 

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L'Araguinna Sennola :

"L'Araguinna Sennola" est un abri situé à l'entrée de Bonifacio et malgré son exiguïté, il est extraordinairement significatif. Subissant des fouilles quotidiennement depuis 1966, cet abris remet en question une datation jusqu'ici communément admise. En effet, la récente découverte dans la couche XVIIIème d'un squelette de jeune femme et du matériel associé (fragments de Quartz et de roches dures qui devaient servir d'outils) nous fait remonter à plus de 6500 ans avant JC. Cela serait donc la preuve d'une "civilisation Corse antérieure au néolithique , civilisation pauvre mais originale". Hors jusqu'ici, dans le domaine préhistorique Corse, si l'on connaissait assez les produits de l'activité humaine on ne savait pratiquement rien de l'homme lui-même. D'où l'importance de la découverte.

 

La Civlisation Torréene :

Cette dernière phase du mégalithique, s'étend de 1400 à 1200 avant JC. Le premier signe distinctif de la nouvelle civilisation est l'apparition, aux environs de 1400 / 1300 avant JC, de Statut-menhirs portant des épées ou poignards en bas relief, parfois des cuirasses, ceintures ou baudriers. Ces Statut-menhirs apparaissent non seulement à Filitosa, mais aussi à Cauria et ailleurs, et représentent le "5ème stade", de leur évolution et "l'entrée de la Corse dans la Protohistoire". Seconde caractéristique : Il s'agit de "tours" toujours circulaires faites de gros blocs de pierre (dont certain pèsent plusieurs tonnes) d'une hauteur qui peut atteindre 7 mètres et couvertes soit d'une voûte, soit d'une charpente. L'intérieur est composé tantôt d'une unique cellule, tantôt de niches secondaires latérales : Le diamètre total varie de 10 à 15 mètres . Fait remarquable, ces tours sont toutes rassemblées au sud d'une ligne Ajaccio / Solenzara (Ligne qui semble marquer la limite septentrional du mégalithique). On en trouve à Foce, à Balestra (Mocacroce), à Filitosa, à Cucuruzzu (Levie), à Torre, à Porto-Vecchio, à Tappa et à Ceccia. Leur fonction paraît évidente. Ce sont des monuments "culturels" où l'on célébrait quelques divinités par des offrandes et des libations et où l'on enterrait et brûlait les morts.Enfin, la date de construction de ces tours oscille entre 1500 et 1200 av JC. La 3ème caractéristique est la plus importante. C'est celle de l'origine de ces constructions. Ecartant l'hypothèse d'une évolution autochtone, on avance celle d'une invasion étrangère. "Les Torréens" seraient un des "peuples de la mer", les Shardanes qui attaquèrent l'Egypte au début du 2ème millénaire av JC. Sur l'origine des Shardanes, on est réduit aux conjectures. Certains en font l'un des peuples d'une confédération qui comprenait aussi les Lybiens. On imagine cependant que les Shardanes sont venus se superposer à un peuplement primitif. D'où qu'ils vinssent, les Shardanes étaient essentiellement des guerriers. Ce qui explique l'apparition des armes sur les statut-menhirs qui les représente. C'étaient aussi des constructeurs qui sont probablement les inventeurs des "Tours". La civilisation "Torréenne", se caractérise par des ensembles fortifiés, tantôt à proximité, tantôt à l'écart des "tours" qui témoignent d'un long conflit qui occupe la seconde moitié du deuxième millénaire, et qui opposa les autochtones aux envahisseurs. Il y aurait là, une lutte entre 2 types de civilisation : Celle agro-pastorale des Protocorses, celle, pastorale aussi, mais guerrière des "Torréens". Conflit aussi, des modes de vie différents : inhumation chez les premiers, incinération chez les seconds. Conflit enfin d'ordre religieux : interdiction de représenter la figure humaine chez les Torréens, tandis que les autochtones au contraire la sculpte sur leurs menhirs. D'où des luttes constantes et l'habitude prise par les indigènes de sculpter les armes sur les statut-menhirs qui représenteraient ainsi l'ennemi vaincu. Luttes ou les envahisseurs eurent le dessus et qui se terminèrent par la destruction systématique de la civilisation mégalithique des vaincus et probablement par une migration de ceux-ci vers le nord de l'île. ce qui expliquerait la présence de statut-menhirs à Santo-pietro-di-tenda et à Barbaggio-Patrimonio.

 

Les Phéniciens

Descendants des bâtisseurs de menhirs et des bâtisseurs de tours, Libyens, Ibères ou Ligures, les Corses ne nous livrent pas le secret de leurs origines. On présume qu'ils sont déjà la résultante d'un brassage de populations. On en devient sûr quand abordent dans l'île les marins de la Méditerranée orientale, Phéniciens et Grecs. Les Phéniciens ont le goût de l'aventure et du commerce. Ils sont en quête d'entrepôts sur les routes de l'ambre et de l'étain. Après avoir fondé des comptoirs à Chypre, en Sicile, en Sardaigne, ils rencontrent logiquement la Corse sur leur route. Les creux du Cap Corse, les criques de la Balagne répondent à leurs besoins. Ce sont sans doute les gens de Phénicie qui donnent à la Corse son nom.

 

Les Grecs :

Les Grecs vagabondent eux aussi dans les parages. II se peut que les vaincus de la guerre de Troie y cherchent un refuge. Ajax n'a sûrement pas fondé Ajaccio. Mais Ulysse peut-être a fait escale dans le fjord de Bonifacio, qu'évoquerait Homère quand il parle du pays lestrygon "Une double falaise, à pic, sans coupure, se dresse alentour, et deux caps allongés, qui se font vis-à-vis au-dessus de l'entrée en étranglent l'ouverture... Pas de doute, pas de flot, point de ride; partout un calme blanc." Les Phocéens, eux, ne relèvent ni de la légende, ni du poème épique. Chassés par la pression des Perses, ils essaiment sur la côte Provençale, puis sur le rivage Corse, face à l'Etrurie. La mer Tyrrhénienne est à demi fermée, avec des îles qui favorisent le cabotage. Sur cette côte rectiligne, ils repèrent le site idéal, près de l'estuaire d'un fleuve et à portée de lagunes propices à des installations portuaires. Les navires Grecs n'ont qu'un faible tirant d'eau, et ils n'ont pas besoin d'autres mouillages. Point d'écueil. Les vents d'Ouest sont arrêtés par les montagnes. Les courants maritimes sont favorables. Tout un petit peuple d'émigrants s'établit, avec femmes, enfants et statues des dieux. C'est Alalia (Aléria) qui naît, fille de Phocée.

 

Aleria :

Des Grecs de Phocée, en Asie Mineure furent les premiers hommes civilisés à découvrir la Corse, bien que l'île est été habité au moins depuis le 7ème millénaire avant notre ère. Vers 565 av JC, ils établirent un comptoir commercial sur la côte orientale ; les merveilleuses céramiques qu'ils se procurèrent dans les centres de fabrication les plus renommés de la Méditerranée, témoignent de leur prospérité. Ils firent connaître à leurs voisins Corses, peuple simple aux mœurs pastorales l'existence d'une haute civilisation avec sa littérature, ses arts et ses croyances. Alalia ne ressemble pas aux villages Corses, faits de rochers et de huttes. Elle aligne de vraies demeures au long de rues et de places dessinées par des urbanistes. Elle importe de Grèce amphores, coupes et cratères. Elle introduit la vigne et l'olivier dans la plaine orientale, elle enseigne l'écriture et l'art de saler le poisson, elle exploite des gisements d'argent, de fer, de plomb. Refoulés dans la foret et le maquis, les Corses de l'intérieur élèvent leurs chèvres. Aux Grecs du littoral, ils vendent le miel, la cire et la résine: premiers échanges, premiers contacts, premiers mélanges. Sur l'origine d'Aléria, le vieil Hérodote, au Ve siècle av JC, nous a laissé un récit dont les fouilles ont confirmé la véracité. On y apprend que les Phocéens, ces Grecs d'Asie Mineure qui ont joué "un rôle de premier plan dans la colonisation Grecque de l'occident Méditerranéenne, où elle (Phocée) fut la principale concurrente des Phéniciens puis de Carthage, assiégés par les Perses de Cyrus, décidèrent d'abandonner leur ville et s'installèrent avec femmes et enfant dans une ville dont le nom était Alalia et où "20 ans auparavant ils avaient d'après un oracle relevé (ou élevé ?) une ville". Disons pour simplifier, que le gros de la colonie Phocéenne s'installe avec armes, bagages et dieux autour de 540 av JC. Ils y resteront des siècles, y construisant une ville harmonieuse, prospère, qui survivra même aux défaites et aux occupations successives jusqu'à sa destruction totale au début du Vème Siècle après JC par les mains des vandales.

 

Etrusques - Carthaginois :

Mais la Corse éveille d'autres appétits. Les Carthaginois, héritiers des Phéniciens, colonisent la Sardaigne et Rêvent d'étendre leur empire marchand sur la Corse. Les Etrusques, établis au pays toscan, se sont emparés de l'île d'Elbe. Coalisées, les flottes carthaginoises et étrusques se heurtent devant Alalia (Aléria) à soixante navires phocéens (La bataille navale d'Alalia en 535 avant J.-C). A la suite de cette bataille, que rapporte Hérodote, Carthaginois, Etrusques et Phocéens se mêlent sur le sol Corse, et jusque dans Alalia, comptoir cosmopolite. Cette nouvelle hégémonie ne dure qu'un temps. Les Etrusques, Battus sur le continent par une coalition latino-volsque, écrasés sur mer par Syracuse et Cumes, menacés au Nord par les Gaulois, au Sud par les Samnites, durent abandonner la Corse, où, du reste, ils ne s'étaient pas implantés durablement, même à Aléria. Tout au plus peut-on, en définitive, supposer que , "les Etrusques limitèrent donc leur occupation au littoral, se contentant de tirer profit des forêts ou de faire ramasser quelques produits de cueillette tel que la cire et le miel". A quoi l'on pourrait peut-être ajouter les minerais. Les Carthaginois, tout comme leur alliés, et bien qu'il aient pourtant établis une garnison à Aléria ne restèrent que très peu de temps en Corse. L'occupation Carthaginoise fut particulièrement dure: "Ils détruisirent tout ce qu'il y avait dans les deux îles (Sardaigne et Corse) de plantes utiles et d'arbres fruitiers, défendant aux habitants sous peine de mort de rien semer ou planter qui pût fournir aucune sorte de nourriture". La Corse en aura-t-elle jamais fini avec les envahisseurs ? Cela ne fait que commencer. Les Syracusains entrent dans le jeu. Au sud de la côte orientale, ils découvrent un abri sûr dans un golfe échancré, où ils aménagent une base: Port Syracusain, qui sera Porto-Vecchio.

 

Rome :

Si la Corse est bonne à prendre pour les peuples de la mer, comment ne le serait-elle pas pour ses voisins de la terre ferme, ces Romains qui entendent faire de la Méditerranée le bassin clos de leurs ambitions ? L'île doit leur tenir lieu de rempart et d'avant-poste. Le simple souci de la sécurité et de l'expansion fraye ici les voiles de l'impérialisme: la Corse sera romaine. Puisque les Carthaginois ont eu l'impudence de devancer les Romains à Alalia, c'est à cette place que Rome livre son premier assaut. La ville est prise et détruite, c'est une véritable démonstration de force. Cependant, la vraie conquête est entreprise vingt ans plus tard. Les Puniques sont chassés. Les Corses de la montagne résistent: il faudra cent ans pour venir à bout de ceux qui, dans leur maquis, refusent la paix de Rome (Pax Romana).Dix campagnes seront nécessaires, qui n'asserviront jamais tout à fait ce peuple indomptable. Pourtant, au moins sur le pourtour littoral, sur les flancs des collines, sur les grandes artères, la colonisation est féconde. Rome sait régner sans opprimer, mettre en valeur sans exploiter. Libérale, elle respecte les cadres et les usages locaux, maintient la division en tribus, tolère tous les dieux. Auguste érige la Corse en province impériale, avec un procurateur qui réside à Alalia, devenue Aléria. L'île est colonie de peuplement: Marius y donne des terres à ses vétérans, près d'une ville qui prend son nom Mariana. Sylla a établi ses légionnaires à Aléria. Puis viennent des Bataves, des Gaulois, des Germains, qui font choix de l'île pour leur retraite. Les insulaires les plus farouches ne peuvent rester insensibles à six ou huit siècles d'occupation. Leurs coutûmes composent avec les principes des juristes latins. Leur langue même s'efface: Sénèque, qui entend jargonner autour de lui, croit déceler "un mélange confus de latin, de Cantabre, de ligure et de grec". Autant dire qu'il n'y comprend rien, tout en décelant la part grandissante du vocabulaire romain. Les Corses se mettent à parler l'argot bas latin du soldat occupant. Leurs toponymes, qui gardent parfois la marque de radicaux pre-indoeuropeens (Cargèse, les Calanches, Polasca...) font la plus large place aux racines latines (Castagniccia, Figari. Oliveto, Vivario, Corbara...). De la paix romaine, il subsistera d'autres traces que de simples noms: des routes naturellement, mais moins en Corse qu'ailleurs, parce que le terrain ne s'y prête guère, des eaux thermales et minérales (Orezza, Speloncato...) des ports, et des villes. Aléria a son forum, son prétoire, ses villas , ses boutiques, son temple ses thermes et ses égouts. Un Timide reflet de Rome. A Rome, la Corse vend ses granits, ses minerais, son huile d'olive, son miel, son liège dont les Romains usent pour boucher les amphores, pour ressemeler les sandales, pour parer les filets de pêche pour enrober les ancres des navires et même pour composer certaines médecines. Les historiens qui plus tard se feront une règle de souligner les méfaits du colonialisme dénonceront les pillages auxquels se livrent les publicains et les rançons fiscales que doivent supporter les indigènes. Ils omettront de dire que Rome achète à la Corse plus qu'elle ne lui vend, qu'elle indemnise les propriétaires évincés et que la balance des paiement de la Corse est excédentaire. L'île se peuple et s'enrichit. Quelques Corses s'aperçoivent au surplus qu'ils peuvent conquérir le conquérant, Ils servent, hors de l'île, dans les corps auxiliaires, dans les cohortes, dans les administrations romaines. Ils peuvent y acquérir la citoyenneté. Il leur arrive de devenir général ou magistrat. Les Corses n'oublieront pas qu'en émigrant ils seront capables de prendre les places utiles.

 

Les barbares :

Après le long entracte romain, qui s'achève avec la conversion de l'île au christianisme, la Corse est atteinte par le déferlement des tribus germaniques. Parce qu'elle est une île, elle échappe à l'irruption des Huns. Mais elle est tour à tour la proie des Vandales et des Lombards. Venus des plaines continentales où la vie est âpre, les Germains ont grand désir de soleil et de bien-être. Ils pensent trouver sur les ruines de l'empire romain les vestiges d'une vie facile, et du coté de la Méditerranée le climat dont ils rêvent. La Corse leur semble une proie désignée, sinon résignée. De leur base espagnole, la Vandalousie, future Andalousie, les Vandales foncent sur les Baléares. De Carthage, qu'ils ont enlevée, ils s'attaquent à la Sicile et à la Sardaigne, puis à la Corse. Ils sont quelques milliers à s'adjuger l'île par le massacre et la terreur. Ils brûlent le maquis, saccagent les cités. Défense de conserver des terres, si ce n'est au service des vainqueurs. Défense de tester, de léguer, de recevoir une donation ou une succession. Le sol retourne à la friche, les routes sont laissées à l'abandon, la famine s'installe. Pendant près de cent années le Vandale est roi, à peine troublé par quelques incursions d'Ostrogoths. Fuyant le littoral, les Corses n'ont plus d'autre choix que d'être les hommes de la montagne. C 'est en de telles circonstances qu' il devient loisible de peser les sens différents du mot colonisation. Il est des colonisations bénéfiques, comme celle de Rome. Il en est de cruelles, comme celle des Vandales. Un même mot recouvre des réalités dissemblables: les meilleures ou les pires. La colonisation ne vaut que ce que vaut le colonisateur. Les Vandales laissent à la Corse un lourd héritage: ils ont importé dans leurs bagages le redoutable parasite à une seule cellule que transmet le moustique anophèle, et qui infecte les globules rouges. Désormais la plaine orientale, dont Rome avait apprécié la fertilité, est livrée à la fièvre des marais. Pour quinze siècles, le paludisme condamne la Corse à la désolation. Aux Vandales succèdent les Ostrogoths sous-développés puis les Byzantins surdéveloppés, dont les fonctionnaires vivent de rapines, de fraudes et de corruption, enfin les Lombards, descendus des Alpes, et qui ont juste, en moins de trente années, le temps d'enseigner aux insulaires les règles précises de la "Dette du sang". Bien avant les Lombards, les Corses étaient prédisposés aux haines familiales. "De toutes les coutûmes Corses, disait déjà Sénèque, la première consiste à se venger ". Tous les peuples primitifs sont passés par là. Mais, à l'instinct qui porte chacun à se faire justice soi-même, les Lombards apportent un cadre, un code et une justification réglementaire. Chez eux, les parties ne sont pas obligées de s'adresser au juge pour vider leurs différents: c'est affaire de règlements de comptes privés. La " faida " des Lombards sera la Vendetta des Corses.

 

La Donation De Pépin :

Le premier Pape a s'être tourné vers les Francs pour leur demander secours, fut Grégoire III, en 739. Mais Charles Martel, maire du palais, avait alors besoin de l'alliance Lombarde qui lui était utile dans sa lutte contre les Sarrasins qui avaient envahis la Provence. Une dizaine d'années plus tard, c'était au tour du fils de Charles Martel, Pépin le Bref, d'avoir besoin du Pape pour s'installer légalement sur le trône, et c'est lui qui fit le premier pas en 750. II trouva un allié dans le Pape Zacharie (741-752), qui voyait en lui le soutien nécessaire pour faire échec aux menaces du roi Lombard Astolphe. Il y eut donc un échange de bons procédés; Zacharie permit à Pepin de devenir Roi des Francs (on relègue au couvent le roi Mérovingien Childéric III) et, en lui faisant donner l'onction sainte l'année suivante, conférait a la royauté franque un caractère sacré qu'elle n'avait encore jamais eu. Pepin, reconnaissant, faisait au pape Etienne II, successeur de Zacharie (qui venait de réitérer le sacre auquel il avait même associé les fils du Roi), au cours d'un long séjour en France, en 754 et 755, la promesse de lui donner les terres qu'il reprendrait aux Lombards. C'est ce que l'on appelle communément la donation de Quierzy (754): il y est question notamment de la Corse, parmi d'autres territoires continentaux. Aucun document ne nous est parvenu sur cette "donation", si lourde de conséquences, à l'exception d'une mention du Liber pontificalis qui ne s'applique pas à la donation de 754 mais au renouvellement qu'en fit, vingt ans plus tard, Charlemagne. La raison de ce long retard tient au fait que les promesses de Pépin, qui était sans doute sincère, allaient à l'encontre des intérêts de sa propre noblesse "allié traditionnel des Lombards". Ce qui explique que, malgré deux expéditions (755 et 756), la restitution promise traîna en longueur et qu'elle ne devint effective qu'avec le fils de Pépin, Charles (le futur Charlemagne). Devenu Roi des Lombards (774), il confirmait, la même année, au pape Hadrien 1er, la donation de son père. Même si les territoires finalement concédés au Pape étaient loin de représenter la totalité des promesses de Pépin (Charles gardait notamment l'exarchat de Ravenne), c'était là un acte d'une importance majeure. Pour la Corse, en tout cas, c'etait faire du Pape, selon le mot de Dom Gai, "le vrai roi et le père de ce petit peuple insulaire". Si, désormais, les prétentions de Rome sont fondées sur un texte, les historiens sont loin d'être d'accord sur la nature et l'authenticité de la première donation, celle de Pépin. Rappelons que son texte s'est perdu. Ce qui est plus grave, c'est qu'elle était elle-même fondée... sur un faux, la célèbre "Donation de Constantin", qui fut fabriquée par la chancellerie pontificale (tout exprès pour forcer la main à Pépin, ou après le règne de Charlemagne) et selon laquelle l'Empereur Constantin (274-337) aurait cédé au Pape Sylvestre 1er (Pape de 314 à 335) non seulement Rome mais encore toutes les provinces de l'Occident. L'essentiel, pour la Corse, c'est que, fondée ou non, à l'origine, sur un faux, la donation de 774 (qui, rappelons-le, n'a pas été retrouvée, elle non plus, ce qui ne signifie pas nécessairement qu'elle n'a pas existé) marquait son entrée définitive dans l'obédience au Saint-Siège. Il s'en fallut cependant qu'elle devint aussitôt effective. On voit, en effet, le Pape Hadrien 1er d'abord, qui l'avait reçue, par son successeur Léon III (795-816), rappeler en vain à Charlemagne, devenu entre-temps Empereur (800), les promesses de 774. Faut-il enfin, pour en terminer avec cette question, épiloguer sur "l'occasion manquée" qu'aurait constitué pour la Corse le fait que Pépin aurait pu la garder pour lui comme prise de guerre, après ses victoires sur le roi Lombard Astolphe en 754 et 756 ?

 

Les Sarrasins :

Des Sarrasins d'Espagne et d'Afrique du nord envahirent l'île à partir du VIIIe siècle, et , pendant 300 ans environ la maintinrent coupée du continent Européen, dans un état d'alarme perpétuel et d'anarchie. à cette époque les ports Romains attaqués, mis à sac et incendiés, avaient été abandonnés, les habitants réfugiés à l'intérieur des terres avaient repris leur économie pastorale. A la différence des envahisseurs germains, qui sont venus en Corse avec l'intention de s'y incruster, les sarrasins ne font qu'y passer, sans autre envie que de piller, de violer et de tuer. Mais leurs incursions s'échelonneront sur des siècles. L'Histoire leur accole des étiquettes diverges: tantôt ils sont les Maures, ou les Mores, du nom que les Romains donnaient aux Berbères de Mauritanie; tantôt ils sont les Sarrasins, du nom latin d'une peuplade d'Arabie. Plus tard, ils seront les Barbaresques, avec le seul Maghreb pour base de départ. Dans tous les cas, il s'agit de pirates arabes, d'ailleurs plus soucieux de rafler du butin que de convertir à l'Islam. Leurs raids ne sont pas que des piqûres d'épingle, vite oubliées. Ils se répètent, complétant sur le littoral 1'écuvre de la malaria. Face au péril sarrasin, le Corse catholique cherche un appui sur la Papauté, qui précisément est propriétaire de vastes domaines et qui, en invoquant la fausse donation de Constantin, s'y considère comme l'héritière des Césars. A l'occasion, la puissance temporelle franque sert à Rome de bras séculier. Elle-Même, à l'age carolingien, délègue à la Marche de Toscane le soin de combattre en Corse. La légende veut que l'empereur Lothaire envoie dans l'île le comte Boniface, qui est de Lucques, et qui, après avoir défait les Maures, fonde Bonifacio. La lutte rebondissant contre la gent sarrasine inspirera les chroniqueurs, avides d'exploits et désireux de légitimer l'apparition d'une noblesse locale. Le fait est que la féodalité naît et s'affirme dans ces rudes confrontations. Sur la Corse et les Corses, la marque des Maures sera durable: on la trouve dans la langue, dans le chant, dans quelques noms de lieu (Morosaglia, Campo Moro...). Restera aussi le drapeau de la Corse qui, comme celui de l'Aragon, présentera la tête du Maure, noire, de profil, symbolisant l'ennemi vaincu - dans la lignée des menhirs de Filitosa. Les plaines côtières fertiles désormais envahies par les marais, devinrent insalubres et le restèrent jusqu'à la seconde guerre mondiale. Cette époque de ténèbres que furent le premier siècle du Moyen age prit fin en 1077 lorsque Pise, aidée de Gênes chassera les Sarrasins de Corse.

 

Feodalité :

Les invasions ont provoqué des déplacements de population. Des Corses se résignent à quitter le pays et se réfugient auprès du Pape. D'autres abandonnent les plaines littorales, trop exposées aux incursions et gagnées par la malaria. Les populations se retranchent dans les hautes vallées où les nouvelles habitations se regroupent. A piaghja, autrefois peuplée, ne sert plus qu'à des pacages ou à des cultures d'hiver. Les vallées, délimitées par un relief cloisonné, constituent le cadre naturel des communautés C'est l'origine des "pievi" auxquelles l'Eglise assure une existence officielle sous l'autorité religieuse du "pievan". Alors apparait une féodalité corse dont nous savons peu de choses; en cette période de désordres, les écrits sont rares. La chronique de Giovanni Della Grossa datée du XVe siècle reste une source irremplaçable. La Corse, terre du Saint-Siège, est organisée militairement contre d'éventuels envahisseurs. L'Eglise, qui devient l'autorité supérieure, cède le pouvoir à un Comte qui la délegue à des Juges. La tradition attribue à la papauté l'envoi du Comte Ugo Colonna et de ses compagnons, considérés comme les ancêtres des principales familles nobles de l'île. Vers "l'An Mil", des seigneuries se constituent. Elles sont dans un premier temps d'origine extérieure, puis d'origine locale quand des hommes puissants dressent des châteaux. Ces constructions, bien modestes en vérité, sont le plus souvent des donjons élevés sur une hauteur entourée de remparts. Elles sont sommairement amménagées (citerne, salle des gardes, écuries...) Les seigneurs, qui assurent la paix et la justice, prélèvent sur le peuple une redevance appelée "accattu" en échange du bienfait reçu. En fait, le pouvoir est marqué par la force des liens de parenté et d'amitié. Les vassaux au sens continental du terme sont surtout des "clienti" qui entourent le seigneur. Toutefois, la tentation est forte de copier la pyramide féodale qui s'impose partout. Périodiquement certains seigneurs tendent à s'emparer du titre et des privilèges du comte carolingien. C'est le cas d'Arrigu Bel Messere depuis son "Palais" de Poggiu di Venacu. La disparition de ce comte marquera un émiettement du pouvoir féodal.

 

Occupation Pisane :

Les désordres que connait la Corse encouragent les tentatives de domination extérieure de Pise et de Gênes. En raison de l'influence dominante de Pise, au XIe siècle, les papes accordent à l'évêque de cette cité l'investiture des évêques corses. Mais Gênes jalouse cette cité rivale. Pour l'heure, pise règne et gouverne. Gouvernement sage qui laissera des regrets dont on entend l'écho deux siècles plus tard chez Giovanni della grossa. Le gouvernement des pisans fut par tous extrêmement loué, parce que leur juges savaient parfaitement se concilier l'amour des habitants qu'ils fussent riches, modestes ou pauvres, en gardant chacun à sa place les seigneurs les gentilshommes, les gens du peuple et les autres. C'est pourquoi, vivant en paix, étroitement unis, oubliant les malheurs du passé, les Corses purent édifiés ses belles églises anciennes, ses ponts superbes, et tant d'autres édifices d'une architecture excellente et d'une maîtrise singulière dont on voit aujourd'hui encore quelques exemplaires. C'est rendre hommage à la seule véracité que de saluer l'œuvre pacificatrice du gouvernement Pisan au moment où elle s'achève et où la Corse passe pour des siècles sous la domination d'un nouvel occupant. En effet, Pise est affaiblie par des querelles internes et répudiée par le Saint-Siège, elle doit alors faire face aux convoitises Génoises. Les génois, qui avaient pourtant aider le gouvernement de Pise à expulser les Sarrasins de l'île, engagèrent alors les pisans dans un conflit opiniâtre qui se termina par la destruction de la flotte Pisane en 1284. La Corse devient Génoise pour six grands siècles.

 

Domination Gênoise :

Les génois, qui avaient aider les Pisans à expulser les Sarrasins de Corse convoitaient aussi l'île. Ils engagèrent alors les Pisans dans un conflit opiniâtre qui se termina par la destruction de la flotte Pisane en 1284. Le triomphe de gênes était total. Il fut officiellement sanctionné, en juillet 1299 par la trêve signé entre elle et Pise. La Victoire Navale de Meloria, en 1284, mais surtout les campagnes de Luchetto Doria, en 1289, et de Nicolô Boccanegra, en 1290 lui avait déjà valu les ralliements des féodaux abandonnés par Pise, qui, dès 1288 renonçaient à ses châteaux et à ses domaines insulaires. La Corse lui appartenait désormais sans partage en dépit du Saint Siège lui-même, qui , en 1297 essayait de la lui arracher pour la donner à la maison d'Aragon, qui n'en eut cure sur le moment. Gênes n'a cependant pas la tache facile, il lui faut d'une part s'imposer face aux ennemis de l'intérieur: toujours aux Sarrasins, dont on tentera plus tard de limiter les dégâts en ceinturant l'île d'un chapelet de tours de guet, mais aussi face aux Aragonais, installés en Sardaigne et qui nourrissent l'ambition de se tailler un empire méditerranéen; ensuite face aux Français qui, au temps des rois Valois, considèrent Gênes comme l'alliée de l'Espagne et voient dans la Corse un pion maître sur l'échiquier international. Que de convoitises étrangères autour d'une petite île !. Les convoitises génoises sont les plus fortes, parce qu'elles s'étalent sur la puissance bancaire et la vocation coloniale de la "Superbe" République. D'autre part, Gènes doit mater les insulaires, qui sont têtus. Au sud de l'île, elle est aux prises avec les familles féodales de la "Terre des Seigneurs". Au nord, avec une confédération de communautés villageoises, la "Terre du Commun", ou chaque paroisse a son Podestat, son Procureur, ses gardiens, ses caporaux. Gênes se décharge d'abord de ses responsabilités sur une société par actions (la " mahone "), puis sur la Banque de Saint-Georges, qui implante en Corse une administration hiérarchisée, sans parvenir à triompher de la résistance active ou passive des insulaires. Le Doge reprend alors la Corse en main, en la confiant à un Office qui dispose de la toute-puissance, personnifiée par un Gouverneur. L'île est divisée en dix provinces, elles-mêmes divisées en pieves, qui sont soixante-six au total: la pieve génoise ne fait que reprendre un vieux partage de la terre Corse. Elle tire son nom du latin plebs, qui désigne une collectivité de familles (comme les ple, pleu ou plou de la Bretagne romanisée). Ce cadre administratif est destiné à subordonner les féodaux du Sud aussi bien que les communautés du Nord. Il serait injuste de condamner en bloc la gestion génoise. La Superbe ne se donne pas pour mission d'opprimer. Elle s'est assurée de la Corse pour des raisons stratégiques. Elle la garde pour des raisons commerciales. Son objectif est de se servir de l'île, plus que de la servir. Mais l'un n'exclut pas l'autre. Gênes construit, Gênes urbanise (Bastia, devenue le siège du Gouverneur), Gênes protége les cultures contre les troupeaux, stimule les plantations d'arbres fruitiers. Mais aussi Gênes prélève de lourds impôts, prétend interdire le port d'arme, condamne aux galères, cherche a implanter sur la côte occidentale des Grecs chassés par les Turcs et dont les Corses ne veulent pas. De l'île, les Génois font venir les huiles de la Balagne, les vins du Cap, les huîtres des étangs lagunaires, du bois, de la poix. Tenant à l'exclusivité du commerce Corse, ils interdisent toute exportation sans autorisation préalable et frappent de droits tous les produits, à l'entrée comme à la sortie. De la tutelle génoise, I'île conservera, avec ses ponts et ses tours, un idiome le plus souvent apparenté au toscan, une certaine façon de vivre et de mourir, le sens des processions publiques et du faste funéraire. Ce n'est pas un mince héritage. C'est à la mort de Giudice, que les génois n'urent plus à se préoccuper des affaires de Corse, car l'île, demeurant privée d'un chef suprême les anciens gentilshommes qui s'y trouvaient reprirent possession de leur terre. Ayant conquis la Corse, Gênes s'en désintéressa alors momentanément. Cela n'est pas surprenant, quand on sait que la Capitale Ligure qui est alors à l'apogée de sa puissance n'a aucun intérêt économique immédiat à exploiter une île qu'elle ne s'est appropriée que pour des raisons stratégiques essentielles.

 

Aragon :

En 1297 le pape Boniface 8, pour réaffirmer sa souveraineté théorique sur les îles avait enlevé à Gênes la Sardaigne et la Corse pour en investir le roi d'Aragon Jaime II. Investiture qui fut renouvelée en 1305 par le pape Clément V. Mais la maison d'Aragon se préoccupa d'abord de s'emparer de la Sardaigne. Gênes, affaiblie par les menaces de ses assaillants externes dans plusieurs de ses conquêtes, doit aussi faire face à une grave crise interne qui pour des décennies l'empêchera d'intervenir en Corse. C'est ce moment que choisit Aragon pour faire valoir ses droits sur la Corse. Une telle indifférence de Gênes, devant la menace aragonaise s'explique par le fait que les génois et les aragonais avaient été alliés contre la maison d'Anjou en Sicile, et que , en Sardaigne même, c'est aux Pisans que s'en prennent d'abord les soldats de Jaime II. Mais bientôt le sentiment du danger assaille les deux cités rivales qui unissent leur forces dans un tentative infructueuse de reconquérir la Sardaigne en 1325. Pendant quelques années s'établit alors un "modus vivendi" : moyennant le passage sous la souveraineté aragonaise des possessions des dorias en Sardaigne, l'Aragon renonça à ses droit sur la Corse. Mais lorsque en 1346, les troupes du roi d'Aragon Don Pedro, débarque dans la région de Bonifacio, Gênes entre en nouveau en lutte contre les aragonais et leurs alliées Vénitiens, alors force est aux génois de s'intéresser de près à la conquête définitive et à l'occupation stable de la Corse qui devient maintenant pour eux un élément vital de leur survie, le dernier rempart contre la prépotence de ses adversaires. Gênes sortit victorieuse du conflit, mais les nobles Corses ne se soumirent qu'au début du XVI siècle, après une succession de révoltes au cours desquelles ils luttèrent désespérément contre Gênes jusqu'à l'anéantissement de leur propre puissance.

 

L'office de St Georges :

Vincentello d'Istria qui avait aidé l'Aragon dans sa tentative d'investigature venait de mourir. Les luttes entre féodaux reprirent de plus belle, Vincentello d'Istria disparut, l'Aragon écarté, Gênes indifférente ou impuissante, tous conspiraient pour transformer une fois encore la Corse en champ clos de rivalité personnelle. L'île traverse alors l'une des périodes les plus chaotiques d'une histoire pourtant agitée. Une période de rivalité entre féodaux Corses, clans génois et le pape Eugène IV aboutit, en 1453 à la session du gouvernement de l'île à l'Office (Banque) de St Georges. Les Capitulats Corsorum règlent le système administratif. L'office fait preuve d'une énergie rigoureuse, battit des tours sur le littoral, reconstruit les forteresses et fonde des villes fortifiées, Ajaccio (1492), et Porto-Vecchio (1539).

 

La Guerre Corse :

1553 - 1569 Le royaume de France convoite la Corse dont le peuple ne supporte plus le joug génois. Une révolution se prépare et est sur le point d'éclater avec à sa tête Sampiero Corso allié donc aux Français et aux Turques. L'effet de surprise est total et Gênes devant l'énorme disproportion des forces (Infériorité numérique et très dispersé de surcroît) ne pourra que constater les dégâts. La chute de Bastia ne demande que quelques heures. Les commissaires génois s'enfuient alors vers Corté qui sans garnison se rend avant même d'avoir été attaqué par Sampiero et ses compagnons Corses. Ajaccio ouvre ses portes à Sampiero et comme St Florent, est rapidement fortifié et pourvu d'une bonne garnison. Deux points noirs dans ce tableau : Calvi et Bonifacio, à l'abri de leurs remparts, habitées par des populations Ligures dont la fidélité ne démentira jamais. L'une et l'autre vont opposer une farouche et efficace résistance. C'est en vain qu'à Calvi, Sampiero tente de convaincre les assiégés de se rendre. Bonifacio, quant à elle, assiégée par terre et par mer, résiste héroïquement et bien que manquant de tout, sauf de vaillance, elle ne succombe finalement que par la conjonction d'une traîtrise. Ainsi, en quelques semaines, la Corse était conquise, à l'exception de Calvi. Les chefs Français pouvaient entonner un chant de victoire, en effet, le bilan était flatteur : les Génois, à l'exception de ceux de Calvi et de Bonifacio n'avaient opposé qu'une résistance faible ou nulle. De très nombreux Corses s'étaient ralliés et enrôlés. La réussite de l'expédition, était en grande partie due à la flotte Turque. Celle-ci partie pour l'Orient, la flotte Française rentrait à Toulon, le front de mer se trouvait dégarni. Au moment même où se préparait la contre-attaque de Gênes avec l'aide de l'Espagne et de la Toscane. Malgré son grand âge (87 ans), le vieil amiral Génois Andéa Doria prit lui même la tête d'une puissante escadre mi-génoise, mi-espagnole, qui embarqua la plus forte armée que Gênes est jamais mise en ligne. Contre une telle puissance navale et terrestre, que pouvait faire les quelques soldats français, même avec l'aide des volontaires Corses, et malgré les mesures prises par De Thermes pour fortifier St Florent et Ajaccio ? Bastia se rend après huit jours (Novembre), St-Florent résiste 3 mois (de novembre 1553 à février 1554) mais finit par capituler dans l'honneur et non sans avoir affligé de lourdes pertes aux assaillants. Corté se rend sans poser de résistance. Le Cap est dévasté et les renforts ne cessent d'arriver, 2500 Espagnols, 1000 Allemands et même des volontaires Corses recrutés sur le continent. Pendant ce temps, De Thermes opposait une passivité qui lui valut les plus vives critiques, les renforts envoyés de France se révélaient insuffisants et l'amiral de La Garde ne semblait guère pressé de livrer combat à la flotte génoise. Tout au plus réussit-on à récupérer Corté, d'où Sampiero lancera des attaques souvent victorieuses (à Vescovato), mais qui ne suffiront pas à renverser la situation. La suite ne sera plus constitué que de guérillas meurtrières et infructueuses, qui entretiennent le moral des Corses révoltés mais qui entraîneront de féroces représailles jusqu'à la trêve de Vaucelles. La guerre de Corse se transforme en guerre d'usure et s'enlise. Paris ne fut guère content de cette entreprise qui avait si bien commencée et rappela De Thermes (pour le remplacer par Giordano Orsino) et Sampiero pour l'écarter momentanément. Bref la Corse n'intéresse plus la cour de France que comme monnaie d'échange dans les négociations avec l'Espagne. Des négociations tenues à Vaucelle, naîtra donc une trêve de 5 ans, (5 février 1556). Bien qu'Henri II ait proposé à Gênes de lui restituer la Corse, l'île continuera d'être occupée et administrée par la France jusqu'en 1559. Sampiero revient en Corse et redonne confiance à ses compatriotes qui l'avaient cru mort. Conformément aux accords de Vaucelle, les génois reprirent possession de certaines places fortes, Français et Corses occupèrent tous le reste de l'île. Pendant ce temps Giordanno Orsini, alors général des troupes Françaises en Corse, s'enrichit en s'attirant la confiance du peuple Corse, par des promesses qui comprennent la totale implication de la couronne Française dans la cause insulaire. Promesses injustement fondées puisqu'Henri II ne se préoccupait que de fortifier l'île en vu d'une éventuelle négociation générale. Les troupes Françaises et Corses ne sont pas payées (C'est Orsini qui empoche les soldes), leur mécontentement s'accroît, Sampiero brouillé avec Giordanno Orsini, et craignant même pour sa vie, repart pour la France. L'enthousiasme Corse diminu, et Sampiero lui-même est discuté. La trêve de Vaucelle n'est plus, et on assiste à une reprise des hostilités caractérisée par de petites opérations sans lendemain. Une fois de plus, le destin de la Corse sera scellé ailleurs, de même qu'on ne lui avait pas demandé son avis pour l'envahir en Août 1553, on ne la consultera pas pour l'abandonner en Avril 1559. Epuisé par ses propres problèmes (protestantisme, etc…), le royaume de France veut liquider les difficultés externes et envisage de se séparer de la Corse. On en vint donc à la signature d'un traité beaucoup critiqué de part et d'autre, le traité de Cateau-Cambresis, où la France rend dans sa totalité la Corse à Gênes (3 Avril 1559). L'office de St Georges qui reprendra alors le contrôle de l'île mettra en place une série de mesures dictatoriales qui mettront à jour l'excès de certains soldats (extorsions, réquisitions et exécutions) qui vas oppresser le peuple Corse trop affaibli déjà par la Guerre. Le peuple gronde, la révolte repartira de plus belle avec le retour de Sampiero qui aidé en sous-main par Catherine de Médicis débarquera avec succès en Corse le 12 Juin 1564 dans le golfe du Valinco. Le combat de Sampiero est solitaire, il se joue entre sa poignée de compagnons, ses partisans en Corse, et les troupes génoises dans l'île. Il suffit d'un mois et demi à Sampiero pour occuper la majeur partie de la Corse. Les génois ne tiennent que les grandes villes abandonnant l'intérieur aux insurgés. La réaction Génoise fut forte et rapide, de nombreux renforts commandés, par Stefano Doria débarquent sur l'île rasant et incendiant les villages et battant Sampiero lui-même près d'Ajaccio, le forçant à se retirer dans l'En-Deça-des-Monts. Constamment renforcé en hommes, il brûle Cervione, punit les rebelles mais ne peut infliger à Sampiero une défaite décisive. C'est au contraire, celui-ci qui le harcèle et qui, aidé par la maladie qui frappe alors les soldats Génois l'oblige à s'enfermer dans Bastia, tandis que Corté se rend aux insurgés. L'Offensive Génoise, si brillamment commencée fut un échec complet. Gênes est réduit à demander du secours à Philippe II, qui lui permet fin Novembre la reprise, de Porto-Vecchio, d'Algajola et de Belgodère. Sampiero, blessé, doit s'enfuir. Doria continue alors ses massacres et brûle 123 villages dans la seule année de 1566. Lui promettant la Corse, Sampiero obtient du roi de France quelques secours, insuffisants, qui ne lui permettront pas de faire face aux offensives implacables de Doria. Cette guerre est inhumaine, Sampiero rend coups pour coups, mais les défections et les trahisons commencent à se manifester dans ses rangs. Gênes profitant de la situation mène de front la répression et l'incitation à la désertion, assortis de promesses de pardon auxquelles ne sont pas insensibles quelques féodaux du Sud. On en arrive même à la conspiration dont l'issu sera le guet-apens d'Eccica-Suarella, près de Cauro, où Sampiero trouvera la mort (17 janvier 1567). Sampiero mort, son fils, Alphonse alors âgé de 18 ans, continuera la lutte pendant deux ans, avec quelques centaines de fidèles. C'est en vain qu'il continue la politique de son père. Dès lors, il ne reste plus qu'à se rendre dans l'honneur, ce que comprend Alphonse. Assuré de pouvoir quitter la Corse avec ses amis, et de pouvoir trouver refuge auprès du roi de France, il s'embarquera le 1 avril 1569, avec 300 de ses compagnons à destination de Marseille. Ainsi s'achevait une guerre longue et cruelle. Une fois encore le prix payé par les Corses pour tenter d'obtenir leur indépendance est bien lourd. Mais, en fait, s'agit-il bien d'indépendance ?, les Corses qui ont luttés avec Sampiero comprenaient-ils qu'ils ne faisaient que changer de maîtres ? La pacification commence aussitôt, Gênes publie une amnistie qui n'est pas générale et qui connaitra de nombreuses représailles, "les Corses étaient bien traités en vaincu".

 

150 Ans d'occupation Gênoise :

Entre une Guerre de dix ans (la Guerre de Corse) et une autre de quarante (la Guerre d'indépendance), la Corse connaît un long intermède de cent cinquante ans de Paix. L'Office de St Georges s'étant déchargée de tous ses droits (moyennant un subside annuel important), c'est Gênes qui redevient maître de la Corse dès 1562. On tenta de redonner une organisation stable à un pays appauvris et désorganisé. On assiste alors à une organisation administrative dont le système assez souple respecte la structure traditionnelle, très diversifiée et "autonomiste". Chaque paroisse tente d'instaurer un système démocratique, mais doivent faire face à de nombreux problèmes notamment d'ordre économique. Chaque ville reçoit un régime spécial, Calvi et Bonifacio, "villes fidèles", se voient accorder des franchises et des exemptions, mais Bastia et Ajaccio, moins "Ligures" et moins sûres sur le plan de la loyauté sont surveillées d'un œil plus attentif et leur autonomie administrative n'est en fait qu'une apparence trompeuse. Le royaume de Corse, car telle est son appellation officielle, est soumis à l'autorité d'un gouverneur, qui, comme il est naturel pour une "colonie", est obligatoirement Génois. Ce dernier instaura un système juridique et pénal qui n'était guère équitable, où les juges étaient impuissants ou corrompus. Approuvés en décembre 1571, "Les Statuts" garantissaient un minimum de justice (notamment fiscale), et les Corses y étaient très attachés. Puis le "Syndicat" fut créé. Il était une sorte de dernier rempart, du moins théorique, dressé contre l'injustice du système juridique instauré par les représentants de Gênes et leurs alliés Corses. Mais ce syndicat n'était guère actif, il ne siégeait que cent jours par an et ne s'occupait que des petites affaires sans véritable envergure. Malgré tout gênes, accentuant de manière oppressive son administration, décida de limiter le pouvoir du syndicat à la délivrance de certificat d'honnêteté et d'innocence. Le syndicat, continuait tout de même de représenter une espèce de défenseur ultime des insulaires qui étaientt très largement majoritaire. En effet les Corses y étaient trois fois plus nombreux que les Génois, mais le poids des voix de ces derniers avait été rehaussé afin, qu'au total il y est une sorte de parité entre juges Corses et Génois. Malgré tout, les juges Corses semblant mettre trop de zèle à défendre leurs compatriotes, Gênes prit le parti radicalement efficace de supprimer la représentation Corse. Mais le plus grave défaut de cette administration Génoise était sans doute son caractère d'exploitation étrangère. Car lentement, mais sûrement, les insulaires étaient éliminés au profit des Génois. C'est une sorte de "main basse sur l'île", que gênes administre tout en se croyant sure de l'impunité. A présent, sur l'île, tout se vend et tout s'achète (port d'armes, exemption d'impôts et même grâce anticipée en prévision d'un crime futur). La Corse est vraiment "sujette" et soumise à la loi Génoise, le peuple gronde, mais pour l'heure il doit payer et obéir. Le "maquis" se peuple alors de condamnés par contumace d'autant plus déterminés à se défendre jusqu'à la mort que leur capture est synonyme de pendaison ou de galère et que, encouragée et récompensée par Gênes la trahison les guette à chaque détour de chemin. L'insécurité régnant dans l'île, on en vint à moyenner une redevance de deux seini (monnaie génoise) pour le port d'arme. sage mesure qui permit un désarmement général bien accueilli dans l'île et une diminution de crimes de sang. Les impôts instaurés (principalement la taille et le boatico) ne sont pas uniformes et frappent les plus démunis. De plus Gênes fait tout pour retirer aux insulaires la jouissance directe, si minime fut-elle des richesses du pays et instaure des monopoles sur de nombreux produits, y compris sur ceux devenus traditionnels depuis la plus haute antiquité. Pendant cinquante ans (1587 à 1638), les Corses seront victimes d'une véritable spoliation. Une politique de mise en valeur économique sera alors instaurée. Gênes encouragera à la plantation des arbres et des vignes, et à l'amélioration et l'accroissement du cheptel. Malgré certaine mesures économiques, le cœur n'y est pas, pour exemple le "procoio", qui interdit aux insulaires une jouissance totale de leur sol, les corses nommés pour une courte durée, cultivent des sols dont l'appartenance est génoise. Mais qu'il s'agisse de commerce ou d'agriculture, la politique de Gênes est fonction des besoins de la métropole. Aujourd'hui, par réaction, on semble plutôt porté à réhabiliter l'administration Génoise et à mettre en relief le développement de l'agriculture, la prospérité, le progrès intellectuel, artistique et moral de l'île, l'agrandissement des villes, l'ordre et la sécurité. C'est cette trop grande colonisation qui sera à l'origine du prochain conflit. Une colonisation mal accueillie par les habitants de l'intérieur qui se voient dépossédés de leur terre et contraints d'abandonner leurs troupeaux. En effet, ce "malaise des bergers" est finalement l'aspect négatif de ce siècle et demi de paix génoise. Ces bergers, chassés des plaines par l'appropriation communale, coloniale et familiale, s'appauvrissent sous le poids d'une évolution qui accroît les besoins en numéraire sans en accroître les denrées, d'où une tension continuelle entre eux et les régions riches. Tension qui finira par l'explosion de 1729, où d'après Ettori : "La République recueillait ici les fruits amer d'une politique qui, en développant l'agriculture, avait spolié les bergers". Un siècle et demi d'ordre Génois débouche ainsi sur une guerre de quarante ans.

 

Soulèvement Anti-Gênois :

Alors que, sagement, la république avait décidé l'arret de la saisie des impots, le dit gouverneur prit le contre pied de cette mesure et ordonna, au contraire, la collecte des taxes de l'année précédente. Décision imbécile qui fut à l'origine de l'incident de Bustanico. Toute fois, ce ne fut là, que la goutte d'eau qui fit déborder le vase. En fait, les emmeutes de 1729 ont des causes multiples et lointaines, on retrouve les inévitables plaintes sur la "taille", impot jugé excessif, sur la gabelle du sel trop élevée elle aussi, bref, sur une pression "fiscale", qui devient d'autant moins supportable qu'elle s'exerce dans un contexte économique de "graves crises cycliques des subsistances". En retrouve aussi les éternelles doléances sur les abus de tous ordres auquels sont exposés les Corses, du fait de fonctionnaires prévaricateurs et insolents dans la perception des impots. On y retrouve enfin l'écho de l'insécurité grandissante (chronique, sans soute mais exacerbée par la disète) où l'île est plongée par la faute des bandits isolés ou groupés en bandes odacieuses, et que la république croira habile de résoudre par des expéditions punitives aveugles dont les innocents font plus souvent les frais que les coupables. Ainsi s'explique la demande de rétablissement du port d'armes, que Gênes interprète comme un refus de payer l'impot de "Deux seini" mais qui est en fait, une revendication motivée par le soucis traditionnels en Corse d'assurer soi-même sa propore sécurité et de se faire sa propre justice. En fait, il s'agira, au début, d'émeuttes spontanées cristallisées sur le refus de l'impot. En novembre 1729, la région du Bozio est le témoin de premières émeutes. La rébellion s'étendra par la suite à la Castagniccia, la Casinca, puis le Niolo. St Florent et Algajola subiront alors des attaques. En février 1730, Bastia est mit à sac, et en décembre de cette même année, la nation Corse éliera deux généraux : Luigi Giafferi et Andrea Ceccaldi. Gênes fait alors appel à des troupes de l'Empereur Charles IV. Cette intervention Impériale sera repoussée en 1731. Quelques semaines plus tard, Gênes recevra de puissants renforts qui cette fois viendront à bout des rebelles. En Juin 1733, Gênes accordera alors au peuple Corse certaines concessions garanties par l'Empereur. Mais ces dernières ne seront pas jugées suffisantes et la rébellion reprendra quelques mois plus tard, sous le commandement cette fois de Giacinto Paoli, le père de Pascal.

 

Le Roi des Corses :

Fils d'un Baron Allemand et d'une bourgeoise Flamande, Théodore est né en 1694 à Cologne. Il était au début chargé par le premier ministre du roi de Suède de missions en Espagne. Où il gagna la confiance du Cardinal Alberoni. Marié avec une demoiselle d'honneur Anglaise, il revint en France après la chute de son protecteur Alberoni. Entrainé dans la ruine de celui-ci il finit par aboutir à Livourne où il rentra en contact avec les exilés Corses, Giafferi, Ceccaldi, Aitelli, Orticoni et Costa. Séduits par ses airs de grand seigneur, ces derniers virent en lui un allié capable de gagner à leur cause les Cours d'Europe. Théodore se donnait beaucoup de mal d'une cour à l'autre et c'est ainsi qu'en mars 1736, à bord d'un batiment Anglais armé de quelques fusils, de Canons, et apportant avec lui une certaine somme d'argent, il débarqua à Aléria, où les chefs de la nation Corse vinrent lui rendre hommage. Le 15 avril, à Alesani, on l'élisait Roi de Corse, en lui faisant approuver une constitution monarchique qui prévoyait un impôt modeste, une université, un ordre de noblesse et l'accession des Corses à tous les emplois publics. Aclamé et placé sous l'invocation de la trinité et de l'Immaculé Vierge Marie, Théodore prit son role très au sérieux. Bien qu'il n'est pu totalement s'acquitter des services des grands chefs de la Nation Corse, Théodore de par le sérieux qu'il mit à s'occuper de la prospérité de son royaume avait acquis une certaine popularité auprès du peuple. Malheureusement, il était plus un homme d'idées et d'ambitons que de terrain, et ses nombreuses actions se bornaient seulement à frapper l'imagination. A bien considérer les choses, cet étranger, ne manquait ni de bon sens, ni de bonne volonté et il valait bien mieux que ce que Gênes déclarait, dépitée de se voir mise en échec par ce personnage, qui malheureusement n'avait aucun garant sérieux dans les Cours d'Europe. Théodore dû alors faire face à l'indiferrence hostile voire amusée des grandes puissances. Toutes les grande Nations, ne savaient plus quelle images attribuer à Thédore, ses liens avec la France, l'Angleterre et l'Espagne n'inspirait finalement confiance à aucune de ces trois Nations. Gênes, par une intense propagande avait cependant réussi à déconsidérer Théodore où la calomnie le disputait à l'invention pur et simple. Pourtant sur le plan militaire Gênes resta impuissante. Mais sans artillerie, et sans certain de ses chefs qui lui manquait cruellement, tel Fabiani, tué par vendetta, Théodore était impuissant, et n'avait, malgré sa bonne volonté, remporté aucun succès décisif. Théodore sentant alors la partie perdue, décida de partir en beauté. Après avoir nommé Giacinto Paoli et Giafferi, commandant en chef du "Delà", il s'embarqua à Solenzara le 11 novembre 1736, déguisé en prêtre et avec son fidèle Costa, pour se réfugier à Livourne. Théodore ne comptait pas en rester là, et revint aidé de renfort par deux fois. La première fois en 1738, il débarqua avec une petite escadre, bien acueilli par les paysans, aucun de ses anciens collaborateurs n'étaient au rendez-vous et du se résigner à repartir pour Naples où il fut interner. Il tentera un nouveau retour, en 1743, aidé cette fois par les Anglais, mais essuira un nouvel echec, définitif celui-ci. Les contemporains ne prirent pas au sérieux le règne de Théodore, qui ne resta finalement sur le trône qu'on lui avait créer que durant Sept Mois. Mais, s'il ne faut pas majorer son règne Corse, il ne faut pas non plus le réduire à une simple comédie. Théodore aurait pu être un très bon roi, et sa monarchie proclamait pour la première fois sans équivoque l'indépendance de la Corse. Son seul tort finalement est d'avoir échoué, l'histoire pardonne raremant aux vaincus.

 

Agressions Françaises :

Il y eut en fait deux interventions, la première de 1738 à 1741, vit les troupes Françaises alors alliées à Gênes débarquées en Corse, où elles seront vaincues à Borgo le 13 Décembre 1739. Quatre mois plus tard, le gouvernement français décidera alors d'envoyer d'autres hommes sur l'île, renforts qui seront commandés par le Marquis de Maillebois, qui, en Juillet 1740 obtiendra la reddition des insurgés. C'est le départ en exil des chefs de cette rébellion, qui comprend Giafferi et Giacinto Paoli, qui emmènera avec lui son fils : Pascal. La seconde intervention française aura lieu plusieurs années après. Car entre temps, une coalition Anglo-Austro-Sarde, opposée aux Français et aux Espagnols, eux-mêmes alliés de Gênes dans la guerre de la succession d'Autriche parviendra à s'emparer de Bastia en 1745, avec l'aide de Domenico Rivarola, alors chef d'une faction Corse. La ville sera pourtant perdue au début de l'année 1746 en raison de profondes discordes entre Rivarola et les chefs venus de l'intérieur, Gaffori et Matra. En 1748, Bastia sera attaqué par la même coalition appuyée par des insulaires, mais les assiégeants devront se retirer avec la paix "d'Aix-la-Chapelle". Cette présence Anglo-sarde qui aura tout de même durée sept années (de 1741 à 1748), prendra fin lors d'une seconde intervention Française, où le marquis de Cursay administrera l'île pour le compte de Gênes. En octobre 1752, les patriotes Corses vont rejeter les règlements que le Marquis de Cursay leur proposera et adopteront un nouveau système de gouvernement sous le commandement de Gaffori. Cursay sera renvoyé en discorde en décembre de la même année. Un an plus tard, Gaffori sera assassiné, et s'établira alors une régence présidée par Clémente Paoli. Régence qui verra le rappel en Corse de Pascal Paoli. En Juillet 1755, ce dernier sera alors élu général en chef de la Nation Corse, et c'est en Novembre, que sa Constitution sera adoptée à une consulte à Corté.

 

Le Père de la Nation Corse :

Pascal Paoli, alors élu Général de la Nation, écrasera en 1757 les révoltes soulevées par les Matra, appuyés par Gênes et par Colonna de Bozzi allié de la France. Il créera une marine qui lui permettra en 1761 de soumettre le cap Corse et de s'emparer en 1767 de Capraia., mais échouera cependant dans sa tentative de prendre d'assaut les villes côtières Génoises. En 1756, les Français signeront le traité de Compiègne qui accordera à Gênes des subsides et des troupes qui occuperont Ajaccio, Calvi, Saint-Florent jusqu'en Mars 1759. Ile-Rousse sera fondée en 1758, et le drapeau Corse sera adopté quatre ans plus tard avec la création d'une monnaie. Le 6 Août 1764, le second traité de Compiègne sera signé. Les troupes Françaises s'engageront alors à tenir garnison dans les trois villes précédemment citées ainsi qu'à Bastia et à Algajola pendant quatre années. Corté deviendra la capitale de la Corse, une université y sera créée en 1765. Bien que Pascal Paoli continuait à correspondre avec le Duc de Choiseul dans l'espoir d'assurer l'indépendance de la Corse, c'est le 5 Mai 1968, que Gênes, à travers le traité de Versailles cèdera à la France la souveraineté de l'île.

 

La Corse sous le jouc Français :

En 1768, le traité de Versailles est signé. Gênes y cède la Corse à la France. En juillet de cette même année, les troupes Françaises occuperont le Cap Corse, et un mois plus tard, le marquis de Chauvelin débarquera avec de nombreuses troupes sous son commandement. Les Français seront pourtant vaincus à Borgo en octobre. Mais cela n'empêchera pas, au printemps 1769, le Comte de Vaux de débarquer avec 20.000 Hommes et de vaincre les patriotes le 8 Mai à Ponte Nuovo. Pascal Paoli, quittera la Corse le 13 Juillet 1769. Napoléon Bonaparte naîtra un mois plus tard (le 15 Août 1769). Pourtant, malgré une répression sévère, la résistance se poursuit dans l'intérieur et en 1774, les nationalistes se révolteront, mais se verront réprimés avec rigueur dans le Niolo. Ce sera le début d'une longue série d'amnisties (1776), que Paoli, alors demeurant à Londres refusera de profiter. La Corse est devenue "pays d'états". Les états de Corse, assemblés et composés de 23 députés de chacun des trois ordres, choisis par élection indirecte, se réunissent huit fois entre 1770 et 1785. L'assemblée n'a qu'un rôle consultatif: toute décision dépend de l'intendant et du commandant en chef (les commissaires du Roi). L'administration, de caractère despotique, confie peu de postes aux Corses sauf dans les échelons subalternes de la magistrature. Ils continuent toutefois à contrôler l'administration des communes. L'ordre de la noblesse est créé, des titres sont accordés à plus de 80 familles (parmi lesquelles les Bonaparte). Les nobles ne bénéficient pas de privilèges féodaux. mais peuvent obtenir divers avantages: concessions de terres, places d'officiers dans des régiments formés pour les Corses, bourses pour leurs enfants dans des geôles du continent. Les tentatives de développement agricole et industriel sont peu efficaces. Les impôts directs, perçus dès 1778 en nature, bien que théoriquement équitables, pèsent surtout sur les pauvres. Les premières routes sont construites : Bastia / Saint-Florent: Bastia / Corté, et le plan Terrier est mis en œuvre. Les recensements démontrent un accroissement continu de la population. En 1789, alors que la révolution éclate en France, l'assemblé nationale, incitée par une lettre d'un comité patriotique de Bastia, décrète que la Corse est désormais partie intégrante de la monarchie française. Les Corses exilés sont alors autorisés à rentrer en France. Le 15 janvier 1790, la Corse devient un département, Bastia en est le chef-lieu et le siège de l'unique évêché.

 

Le Royaume Anglo-Corse :

C'est en Juillet 1790 que Pascal Paoli fera son retour sur le territoire insulaire. Deux mois plus tard, il sera élu commandant en chef des gardes nationales Corses et par la suite président du Conseil général du département. A Bastia, après la déposition de l'évêque qui refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé, on assiste à une émeute religieuse (Juin 1791). Paoli la réprime avec sévérité et transfère le chef-lieu à Corté, s'attirant ainsi en 1792 l'hostilité des Jacobins Corses, y compris Salicetti et les frères Bonaparte. Le premier février 1793, la Convention décide l'envoi de trois commissaires en Corse (dont Saliceti) pour surveiller la conduite de Pascal Paoli. Ce dernier est tenu pour responsable en Corse de l'échec d'une expédition contre la Sardaigne (février) à laquelle participait Napoléon Bonaparte. Deux mois plus tard, la Convention décrète l'arrestation de Paoli et de Charles André, Pozzo di Borgo à la suite d'une dénonciation de Lucien Bonaparte qui les accuse de despotisme. Les commissaires en Corse depuis le 5 avril, hésitent à exécuter l'ordre devant les menaces des Paolistes. Fin mai, une consulte à Corté condamne le gouvernement français et proclame Paoli "Père de la Patrie". Ses partisans s'imposent à Ajaccio et saccagent la maison Bonaparte. les commissaires avec Napoléon Bonaparte tentent une attaque navale sur Ajaccio, mais cette dernière se solde par un échec. En Juillet, alors que Paoli et Pozzo di Borgo sont mis hors la loi par la Convention, la milice Paolienne tient les troupes républicaines enfermées à Calvi, Saint-Florent et Bastia. En Janvier 1794, Sir Gilbert Elliot, accompagné de conseillers militaires, rend visite a Paoli. Des forces britanniques assiègent et occupent Saint Florent (Février), Bastia (Avril-Mai), et Calvi (Juin-Août). En Juin, le Royaume anglo-corse sera proclamé à une consulte à Corté et sa Constitution promulguée. Sir Gilbert sera désigné comme vice-roi, au grand mécontentement de Paoli. Ce dernier soulèvera alors une émeute en 1795 dirigée contre Sir Gilbert et Pozzo di Borgo et s'exilera pour l'Angleterre le 13 octobre 1795. En Avril1796, des émeutes provoquées par le parti républicain éclatent, Sir Gilbert recevra alors plus tard l'ordre d'évacuer la Corse. Des troupes de l'armée Napoléonienne d'ltalie occuperont par la suite l'île sans rencontrer d'opposition.

 

La Corse et Napoléon :

En 1796 , la Corse est divisée en deux départements. L'année1798 voit naître la "Révolte de la Crocetta", inspirée par le clergé, qui se déclenche dans le nord de l'île. Le fils du patriote Giafferi y sera exécuté. En Décembre, une coalition de Corses exilés, royalistes, Paolistes et pro-anglais, vont susciter un soulèvement au Fiumorbo avec l'appui de la Sardaigne et de la Russie. Les répressions seront d'une extrême sévérité. Plus tard, (1801) Napoléon suspendra la Constitution en Corse et y enverra comme "administrateur général" Miot de Melito, qui mettra en place des concessions fiscales, les "Arrétés Miot". A partir de 1801, c'est au tour du général Morand de gouverner l'île. Il le fera avec une grande dureté. Le "Décret impérial" sera mis en place en 1810, et permettra d'octroyer de nouveaux dégrèvements fiscaux. L'île sera ensuite réunie en un seul département avec Ajaccio comme chef-lieu. Le général Morand est alors remplacé par le général César Berthier, frère du futur maréchal. En 1812, Napoléon, dont l'alliance avec Alexandre 1er avait été rompue, entreprit la campagne de Russie qui prit fin avec la retraite désastreuse de Moscou. Seulement moins de 50.000 soldats rescapés rentrèrent de la campagne de Russie. Par la suite, l'ensemble des puissances européennes (la Prusse, l'Allemagne, la Russie, l'Autriche et l'ennemi de toujours, l'Angleterre) s'allièrent contre lui. En avril 1814, ses maréchaux refusèront de continuer le combat. Déchu par le Sénat le 3 avril, Napoléon abdiquera sans conditions et sera exilé à l'île d'Elbe, Ce qui provoquera des réjouissances à Ajaccio. Bastia accueillera alors des troupes anglaises commandées par le général Montrésor. 1815, Mars / Avril, des agents de Napoléon envoyés de l'île d'Elbe réussissent à s'imposer en Corse. Napoléon retourne alors sur Paris, l'île est administrée jusqu'à Waterloo par le Duc de Padoue. Suite à la défaite de Waterloo, Napoléon perdra tout appui politique et sera exilé à Sainte-Hélène où il mourra le 5 mai 1821. En février 1816, un dernier soulèvement Bonapartiste voit le jour, c'est la "guerre du Fiumorbo" mené par le Commandant Poli. Bien que cette guerre ait prouvé que les partisans de Napoléon étaient nombreux et résolus, et après une farouche résistance, Poli et ses compagnons, pourtant encore invaincus, mais assurés de l'amnistie général, quitteront la Corse. Les hommes et les femmes du Fiumorbu sont les derniers acteurs de la Corse des profondeurs, toujours conquise, jamais soumise. Avec eux, c'est l'adieu aux armes définitif.

 

La Première Guerre Mondiale :

La mobilisation se déroule dans l'enthousiasme; de nombreux jeunes gens devancent l'appel ou signent des engagements volontaires malgré les inquiétudes des mères. On évalue à 40.000 le nombre des mobilisés. Ces départs privent la Corse de main-d'œuvre. L'arrivée des premiers blessés (septembre 1914) à bord du "Numidia", les listes de morts n'atténuent pas pour autant les sentiments patriotiques. Durant les combats meurtriers de la Marne, de Verdun... se sont illustrés le 173e régiment de ligne, le général Grossetti, l'aviateur Jean Casale, sans oublier ceux dont les noms s'alignent sur les monuments aux morts. L'armistice est accueillie dans l'allégresse mais aussi dans l'anxiété liée à la longue attente du retour des blessés. Les 15.000 morts sont honorés: souscriptions pour élever des monuments jusque dans les moindres villages, inauguration en 1933 de la Borne de la Terre Sacrée à Ajaccio. L'arrivée irrégulière des bateaux entraîne de graves problèmes de ravitaillement: le pain, le sucre, le pétrole sont rationnés. La pénurie est aggravée par l'hébergement de prisonniers de guerre allemands: 2.000 sont cantonnés dans les couvents et pénitenciers, puis utilisés comme mains-d'œuvre dans les campagnes. La Corse devient une terre d'asile pour les réfugiés: 4.000 serbes et syriens bénéficient d'une généreuse hospitalité; ils sont répartis dans les villes et les villages. Pour subvenir aux besoins de la population, les terres abandonnées à la friche sont remises en culture suivant les pratiques traditionnelles, au prix d'un dur labeur. En 1918, la Corse est frappée dans sa chair: le torpillage du "Balkan", en août, au large de Calvi, entraîne la mort de plus de 500 personnes. En septembre, la grippe espagnole ravage certains villages et oblige le préfet à prendre des mesures pour limiter l'épidémie: cercueil plombé, ensevelissement profond. A la fin des hostilités l'île est atteinte dans sa vitalité. Aux pertes en vies humaines s'ajoutent les départs massifs. Nombre d'anciens combattants refusent le retour au pays, tentés par une vie meilleure sur le continent ou aux colonies, dans l'administration ou l'armée. Le déclin économique s'accentue.

 

La Seconde Guerre Mondiale :

Après la défaite et l'armistice de juin 1940, la Corse est rattachée à la zone libre. Le régime de Vichy entraine l'adhésion ou l'opposition sans que l'on parle déjà de collaboration ou de résistance. Le 8 novembre 1942, le débarquement des alliés anglo-américains en Afrique du Nord crée un nouveau front en Méditerranée. La Corse est occupée par les troupes italiennes. 80.000 soldats pour 220.000 habitants prennent position jusque dans le moindre village. La population supporte mal la présence de soldats qui réquisitionnent des maisons, accaparent une partie du ravitaillement alors rationné. On reproche aux Italiens leurs prétentions sur l'île. Ils ont tendance à exercer l'autorité de l'administration (préfet, police) et se livrent à une surveillance tracassière. La résistance repose alors sur deux réseaux: - le Front National animé au départ par des militants communistes, peu nombreux, mais efficaces; -les groupes en liaison avec la France Libre du Général De Gaulle: Fred Scamaroni, dès le printemps 1941, établit les premiers contacts avec Londres. Une active propagande sensibilise la population: tracts tirés à la ronéo, journaux clandestins. A partir du printemps 1943, la tension monte. La France Libre, dépuis Alger, fournit l'armement grâce aux missions du sous-marin Casablanca et aux parachutages. Venu en Corse en janvier 1943, F. Scamaroni essaie d'unifier les mouvements de Résistance; dénoncé, il est torturé et se tue sans avoir parlé. Les attentats et les coups de main contre les postes italiens provoquent des arrestations et exécutions de patriotes (Jules Mondoloni, Jean Nicoli...). D'autres, traqués dans le maquis, échappent à la répression grâce au soutien de la population. Le 8 septembre 1943, à l'annonce de la capitulation de l'Italie, les Corses se soulèvent. Ajaccio et Sartène sont libérées dans la liesse générale. En revanche Bastia voit l'arrivée massive des Allemands, renforcés par le repli de la division blindée de Sardaigne qui veut regagner l'Italie par la Corse. De Gaulle décide l'envoi de bataillons de choc. Ils rejoignent les patriotes qui harcelent les troupes allemandes le long de la plaine orientale. Ces dernières détruisent ponts routiers et chemin de fer pour protéger leur retraite et évacuent le 4 octobre Bastia, ville sinistrée par les bombardements. Libérée par la seule action des patriotes et des Forces Françaises Libres, l'île devient une base pour la poursuite des opérations en Italie puis pour le débarquement en Provence (août 1944).

 

Les Affrontements d'Aleria :

Le 21 août 1975, à Aléria: quelques dizaines d'hommes, entraînés par le Docteur Edmond Simeoni, occupent la ferme d'un viticulteur suspecté d'être mêlé à un scandale financier. Le leader de l'ARC (Action Régionaliste Corse) fait connaître en ces termes les motifs de ce coup de force: "Il s'agit de dévoiler le scandale des vins mettant en cause le propriétaire de la cave et plusieurs de ses amis négociants. Après avoir bénéficié de prêts exorbitants, les responsables des caves vinicoles ont mis sur pied une énorme escroquerie de plusieurs milliards d'anciens francs, au préjudice de petits viticulteurs". La suite est connue: douze cents gendarmes et C.R.S., transportés par hélicoptères et appuyés par des blindés, donnent l'assaut pour vider la cave de ses occupants. Le vendredi 22 août, après une fusillade qui fera deux morts parmi les forces de l'ordre et un blessé grave parmi les manifestants, le leader des occupants de la ferme Depeille se rend dans un nuage de fumée. Tandis que la foule veut forcer les barrages et entonne l'hymne corse, des hélicoptères déposent de nouveaux renforts et les autonomistes quittent, armées, leur camp retranché alors que de nouveaux manifestants viennent incendier ce qui reste de la ferme et des bâtiments vinicoles La nuit connaîtra de violents affrontements à Bastia. La dissolution de l'AR.C., le 27 août, donne lieu à des affrontements armés à Bastia, qui font un mort et plusieurs blessés parmi les forces de l'ordre dépêchées du continent. Le drame d'Aléria, "ces trois minutes qui ébranlèrent la Corse" sera suivi d'épisodes peu clairs, où l'action des notables et chefs de clan qui n'avaient rien fait pour éviter les affrontements, plongeront l'île dans une incertitude qui durera encore longtemps.